Anthologie bilingue de la poésie chinoise tardive

Sòng Huī Zōng – Zhào Jí (1082 – 1135) - Notes sur l'auteur et les poèmes

L'auteur

Le pouvoir impérial échut à Zhao Ji 趙佶, l’empereur Huizong 宋徽宗, en 1101 par la suite d’un concours de circonstances ; il n’a pas dix-huit ans, et n’avait été nullement préparé au pouvoir, qu’il exercera bien mal. Pourtant, son règne durera vingt-cinq ans et ne sera interrompu que par l’invasion du pays en 1125 par les Jürchen. Du point de vue politique, c’est la pire chose qui pouvait arriver à la Chine dans le contexte des difficultés rencontrées sur les frontières. Pourtant, c’est aussi Huizong qui, par son action personnelle, conduira la civilisation chinoise vers l’un de ses sommets – avant la chute dans les flammes et le sang.

Car l’empereur n’est pas une personnalité insignifiante. C’est un calligraphe exceptionnel et un grand peintre, comme l’attestent les œuvres qu’il nous a laissées ; les poèmes comme celui-ci, où il retrouve les meilleurs accents de Li Yu 李煜, montrent son talent littéraire. Ce grand collectionneur est aussi un théoricien de l’art pictural très avisé qui ne se contente pas de tenir le pinceau : il fonde et dirige personnellement l’académie impériale de peinture, qui deviendra un très actif centre de réflexion, de formation et de création artistique dans de magnifiques jardins : l’influence de cette institution sera durable dans toute la suite de l’art pictural chinois. Par opposition à la peinture des lettrés comme Su Dongpo 蘇東坡, subjective, spontanée et qui ne cherche pas à cacher les coups de pinceau, la peinture de ce qu’on pourrait appeler l’école de Huizong se consacre à la représentation de fleurs, d’oiseaux, et d’insectes minutieusement observés, mais également à des scènes de genre, dans des compositions élégantes parfaitement exécutées. Ainsi coexistent à l’époque Song les deux grandes tendances de la sensibilité picturale de la peinture chinoise qui se manifestent tout au long de son histoire.

Mais l’empereur n’a ni goût ni talent pour les affaires d’État. La Cour devient le lieu de toutes les intrigues et la corruption sévit. Les réformateurs sont revenus au pouvoir : les charges qui écrasent les paysans modestes sont consacrées à entretenir une armée aussi inefficace que pléthorique. Face à l’adversité, Huizong s’affole, laissant précipitamment le trône à son fils pour fuir lors de la première attaque des Jürchen sur Kaifeng en 1125. Puis, capturé avec lui et une partie de la Cour en 1127, il sera emmené en exil et mourra en captivité vers 1135, à un âge prématuré pour un Chinois de son époque et de sa condition.


Vent du soir

Le titre «Vent du soir» a été donné par le traducteur et non par l’empereur.

Jours d’été

Sur l’air de « Le pavillon du Mont des Hirondelles »

Sur l’air de « D’un regard si charmeur »

Ce poème a été écrit sur le chemin de son exil. On remarque ici l’image de la fleur de prunier soufflée par la flûte barbare qui va commencer à s’imposer dans l’idéologie politique chinoise : Huizong est encore l’initiateur de ce qui sera le symbole de la résistance et du renouveau de la nation chinoise sous la dynastie mongole des Yuan 元. Selon Marie-Anne Destrebecq, la fleur de prunier avait été dès le Ve siècle le symbole du pays natal. Comme symbole de la résistance à l’oppression, l’image sera reprise après l’invasion mongole par Wang Mian 王冕 (1287 – 1359), auquel on doit notamment ces vers, dans un quatrain intitulé Les fleurs de prunier 梅花 :

一聲羌管無人見
無數梅花落野橋
Survient le chant d’une flûte mongole mais on ne voit personne,
Innombrables, les fleurs de pruniers tombent sur le pont désert.

J’ai traduit ici qiang 羌 par « mongol » dans le contexte, mais c’est bien le même caractère que celui utilisé par Huizong.


Sur la fleur de prunier, la référence indispensable est la thèse de Marie-Anne Destrebecq, Le personnage conceptuel de la Fleur de Prunier dans la philosophie, la politique et l'esthétique chinoises (voir Bibliographie).


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