Anthologie bilingue de la poésie chinoise tardive

Histoire de la Chine sous l’empire des Song

Une brève histoire de la Chine sous la dynastie des Song


De l’empire des Tang à l’empire des Song

À la suite de la rébellion militaire d’An Lushan en 755, l’empire des Tang entre dans une crise prolongée qui amène d’abord la perte des territoires conquis en Asie centrale, au Vietnam et en Corée, ensuite la guerre civile et la désagrégation politique du pays. Chang’An, la grande capitale des Tang, est dévastée et cède la place à Kaifeng, plus à l’est, proche de l’embouchure du Fleuve Jaune. Le pouvoir central disparaît au profit des commandants des régions militaires qui, dans les dernières années du IXème siècle, fondent des royaumes indépendants, autour de ce qu’il reste de l’empire à l’est d’une Chine du nord dévastée : c’est la période dite des Cinq Dynasties et des Dix Royaumes. La Chine est coupée de l’Asie centrale, le bouddhisme qui florissait à l’apogée des Tang décline et une nouvelle classe dominante constituée par les chefs militaires et leur entourage s’impose à l’ancienne aristocratie et à l’administration des Tang.


La réunification du pays commence en Chine du Nord en 951 et se poursuit pendant une trentaine d’années sous la dynastie des Song fondée par le général Zhao Kuanyin à Kaifeng (à l’époque Bianjing) en 960. La Chine est réunifiée en 979 après l’annexion des royaumes méridionaux indépendants. La fin du Xème siècle voit la réorganisation institutionnelle, politique et économique des l’empire des Song, qui restera toutefois limité aux territoires de peuplement chinois et totalement coupé de l’Asie centrale par les empires nomades des Liao et des Xia.



Un empire sous la pression extérieure

Toute l’histoire de la dynastie des Song s’articule d’ailleurs autour de deux facteurs principaux liés l’un à l’autre : d’une part la pression exercée sur les frontières par les royaumes limitrophes, d’autre part les tentatives de réformes menées en interne, qui visent pour l’essentiel à adapter la fiscalité afin de financer l’effort militaire (les armées des Song compteront un million d’homme en 1022). Il en résulte que les questions politiques majeures qui agitent toute la période concernent à la fois l’attitude plus ou moins offensive à adopter pour contenir voire pour repousser les envahisseurs, et le fardeau fiscal plus ou moins lourd à faire peser en conséquence sur l’économie et sur la société ; en effet, des soulèvements populaires se produisent pendant toute la période. Ce qui, en schématisant à l’extrême la situation, s’exprime par le dilemme : invasions ou révoltes ?

Mais la société des Song est dynamique et inventive : elle résistera très longtemps à l’adversité. Les Mongols eux-mêmes, qui s’imposèrent si rapidement sur d’autres territoires y compris en Europe centrale, n’en viendront à bout qu’après des assauts répétés. Dès ses origines, l’empire des Song ne parvient pas à reconquérir l’espace au nord, au nord-ouest, à l’ouest, voire au sud, qui avait été occupé par les Tang et même par les Han, car il est tenu par des états puissants qui multiplient les incursions. Au nord-est, l’empire kitan des Liao qui a occupé la région du Pékin actuel et la Mandchourie dans la seconde moitié du Xème siècle, puis attaqué la vallée du Fleuve Jaune, contraint en 1004 les Song à signer un traité de paix et à verser un tribut annuel de 100 000 onces d’argent et 200 000 rouleaux de soie. Ceci contribue à alimenter un important commerce, fondement de la richesse des Kitan, depuis l’empire abbâside jusqu’au Japon. À partir du milieu du XIème siècle toutefois, cet empire qui s’est profondément sinisé décline, et il disparait en 1125 sous les attaques conjuguées de Song et des Jürchen.

Ces derniers sont des tribus toungouses du nord-est qui créent l’empire des Jin en 1115 et, sitôt l’empire des Liao détruit, rompent l’alliance avec les Song et assiègent la capitale Kaifeng dès 1125. Dans les années qui suivent, ils dévastent la Chine jusqu’au bassin du Yangzi. Des accords de paix en 1138 et 1142 soumettent à un tribut l’empire des Song, replié sur la nouvelle capitale Lin’An (l’actuelle Hangzhou) : l’empire Jin s’étend alors à peu près sur toute la Chine du nord-est actuelle à partir du nord de la Huai. Les périodes de guerre et de paix entre les Song et les Jürchen alterneront ensuite, mais à partir du début du XIIème, l’empire Jin souffre de la pression des Mongols sous laquelle il succombera définitivement en 1234.

Au nord-ouest, les Tibétains sévissent jusque vers 1036, puis sont remplacés par les Tangut qui fondent en 1038 l’empire des Xia occidentaux. Celui-ci englobe les populations nomades et sédentaires les plus diverses et s’enrichit également du commerce entre la Chine et l’Asie centrale. Là encore, un traité de paix, imposé en 1044 aux Song submergés par leurs incursions, permet au Xia de disposer d’un tribut de 135 000 rouleaux de soie, 72 000 onces d’argent et 30 000 livres de thé. Cet empire conservera sa capacité de nuisance envers les Song jusqu’à sa destruction par les Mongols en 1227.

Il est remarquable que, dans ses relations avec ses voisins, l’empire Song préféra souvent avec pragmatisme reconnaître une suzeraineté nominale et payer tribut plutôt que d’être contraint à des guerres continuelles beaucoup plus coûteuses. Au sud-ouest, le royaume de Dali occupe le Yunnan pendant toute la période de l’empire des Song jusqu’à l’invasion mongole. Enfin, au Vietnam, indépendant depuis 939, la dynastie des Ly combattra entre 1073 et 1077 sur terre et sur mer l’empire des Song.



Des tentatives de réformes controversées durant les Song du Nord

Face aux difficultés extérieures, une première vague de réformes fondées sur un programme en dix points, désignées sous le nom de Nouvelle politique de Qingli, fut tenté en 1043 par Fan Zhongyan alors premier ministre, qui proposa de prendre des dispositions afin notamment de rendre plus flexibles les carrières dans l’administration, d’augmenter les traitements des fonctionnaires locaux pour éviter la corruption, de réformer les concours de recrutement, de redistribuer les terres cultivables, d’améliorer l’entraînement de l’armée, de réduire les corvées imposées au peuple, de veiller à l’application stricte et rapide des édits impériaux. Face à l’opposition soulevée par ces réformes chez les fonctionnaires en place et les propriétaires terriens, Fan Zhongyan dut démissionner en 1045.

Un second train de réformes particulièrement novatrices dénommées Xinfa est lancé avec une grande vigueur par Wang Anshi soutenu par le jeune empereur Shenzong à partir de 1069. Elles portent sur la fiscalité, l’économie, l’administration, l’enseignement et l’armée. Parmi les points essentiels, on peut citer :
• L’action permanente de l’État afin de gérer l’achat, le transport, le stockage, l’utilisation et la vente des produits et fournitures divers afin, d’une part, de limiter les coûts d’approvisionnement pour assurer ses propres besoins et, d’autre part, de réguler les marchés,
• l’établissement d’un cadastre et le classement des terres cultivables selon leur valeur afin de servir de base à la taxe foncière, ainsi que la récupération des terrains abandonnés,
• le remplacement de la corvée par une taxe annuelle,
• le recensement et la répartition de la population selon la fortune en dix classes,
• la création de milices chargées en temps de paix d’assurer la police locale, et d’élever des chevaux mis à disposition par l’État, hommes et chevaux étant mobilisables pour la guerre,
• une nouvelle répartition des armées régulières, essentiellement stationnées jusqu’ici à proximité de la capitale, afin de couvrir l’ensemble du territoire de l’Empire,
• des sujets d’examens administratifs plus orientés vers le savoir technique, et au programme desquels sont aussi inscrits les commentaires des classiques… rédigés par Wan Anshi lui-même (une mesure qui révolta une partie des lettrés !).

Ces réformes suscitent des résistances multiples de la part d’adversaires politiques qui auraient préféré l’adoption d’autres mesures ainsi que des fonctionnaires eux-mêmes. Elles initient aussi la centralisation du pouvoir entre les mains du premier ministre, et cette dérive autoritaire subsistera jusqu’à la fin des Song. Si d’ailleurs des personnalités comme Ouyang Xiu, qui avaient fermement soutenu la vague de réformes précédente de Fan Chengda, s’opposent maintenant à celles de Wang Anshi, c’est probablement moins, dans leur cas, par souci de conserver des privilèges acquis que par opposition au despotisme du premier ministre, qui remet en cause les fondements des institutions des Song où le bien public est l’affaire de tout les fonctionnaires, et au caractère volontariste et idéaliste (on dirait aujourd’hui autoritaire et technocratique), donc susceptible de toutes les dérives et de tous les abus sur les populations locales, des mesures édictées en haut lieu.

En 1074, à la suite d’une famine dans le nord de la Chine amplifiée par le zèle des bureaucrates qui ont trop incité les paysans à s’endetter auprès de l’Etat au point de devoir finalement perdre leurs terres, et face à l’opposition d’une bonne partie des mandarins et de la Cour, Wan Anshi démissionne.

À partir de la mort de Shenzong en 1085, les opposants menés par l’historien Sima Guang favorisés par l’impératrice douairière Gao reviennent au pouvoir ; la plupart des réformes sont abandonnées. Les réformateurs reprennent néanmoins le pouvoir à partir de 1093 sous le règne des empereurs Zhezong et Huizong, mais ils seront tenus pour responsable de la chute des Song du Nord en 1126 et les réformes sont par la suite définitivement délaissées. Les avis sur le bien-fondé et le réalisme des réformes envisagées ont été très divers depuis l’origine, et il faut avouer que la controverse parfois très vive sur la personnalité et la politique de Wang Anshi n’a jamais cessé depuis le XIème siècle, ni en Chine, ni parmi les historiens et les sinologues occidentaux…



La longue résistance de l’empire des Song du Sud

Après la capture par les Jürchen en 1126 des empereurs Huizong et Qinzong, l’empereur Gaozong prend le pouvoir à Nankin. Il s’ensuit une période confuse où alternent les attaques des Jürchen et les tentatives de libération de la Plaine Centrale par les armées des Song appuyées, notamment au Shandong, par une vive résistance chinoise locale, et dont le territoire situé entre la Huai et le Yangzi fut le champ de bataille entre 1128 et 1141. Les armées des Song sont, sous la conduite des généraux Zhang Rong, Wu Jie et Yue Fei, sur le point de reprendre Kaifeng, mais l’empereur Gaozong, assisté de l’infâme premier ministre Qin Hui qui fait emprisonner ou assassiner les partisans de la reconquête, adopte une politique défensive et signe en 1141 le traité dit de l’ère Shaoxing qui fixe la frontière à la Huai et admet le paiement d’un tribut.

Les Song du Sud construisent à partir de 1132 une puissante marine de guerre qui leur permet, suite à une nouvelle attaque, de vaincre sur le Yangzi en 1161 les forces navales des Jin très supérieures en nombre grâce à des navires à roues à aubes porteurs de trébuchets lanceurs de bombes. Un nouveau traité de paix, dit de l’ère Longxing, signé en 1165, confirma la frontière de 1142, et le calme fut rétabli pour une quarantaine d’années. C’est également pendant cette période que, pour assurer l’approvisionnement de l’empire confiné à la Chine du sud, se développe une importante flotte de commerce qui sillonne les mers vers le Japon, la Corée, l’Inde et Ceylan et le Golfe Persique.

À partir de 1235, après avoir détruit l’empire des Jin, les armées mongoles affrontent les armées des Song qui résistent sur leur sol avec acharnement. Au nord, les Mongols sont dans un premier temps arrêtés sur la Huai. Ils tentent alors de contourner l’Empire vers l’ouest. Le Sichuan est âprement disputé jusqu’en 1248 mais reste aux mains des Song. Les Mongols conquièrent alors le royaume de Dali situé au Yunnan actuel en 1253. Le grand khan Möngke envahit le Sichuan en 1258 mais meurt l’année suivante. C’est Qubilai qui, après avoir défait les armées des Song en 1265 à proximité de la forteresse de Diaoyan, assiège longuement entre 1276 et 1273 la ville très fortifiée de Xiangang, dont la chute lui ouvre enfin l’accès au cours inférieur du Yangzi. La quasi-totalité de la Chine est tombée sous la coupe des Mongols en 1275 et la bataille de Yamen dans le delta de la Rivière des Perles en 1279 met un terme définitif à la dynastie des Song.


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