Anthologie bilingue de la poésie chinoise tardive

Précautions d'emploi des pages d'apprentissage des caractères chinois des poésies

Remarques sur les difficultés sémantiques dans l'interprétation des textes chinois

À partir d’un examen même rapide d’un dictionnaire chinois, on constate nettement qu’une proportion importante de caractères présente parfois deux ou trois, souvent une demi-douzaine de sens différents, voire davantage, dont la cohérence ne saute pas toujours aux yeux. Parfois même, un caractère peut signifier un concept et son exact contraire.


Ceci est un résultat de l’histoire de cette langue écrite, qui, contrairement à toute les autres, est historiquement et fondamentalement, une langue graphique, et non pas la transcription d’une langue orale (comme l’a mis en évidence Léon Vandermeersch, voir la bibliographie), ce qui a assuré à la fois son ampleur culturelle géographique et sa pérennité.


En effet, la langue chinoise écrite, langue d’administration d’un empire vaste et peuplé, et langue de culture d’un espace plus large encore, est, sans contestation possible, celle qui a été dans l’histoire de l’humanité la plus utilisée : par le plus grand nombre de personnes, pendant la durée la plus longue (de l’ordre de trente-cinq siècles), sur l’aire géographique la plus vaste, par des peuples de langues et dialectes de toute nature, et son histoire spécifique n’est nullement terminée. L’ensemble des documents rédigés en langue chinoise écrite est donc du même ordre de grandeur que la totalité des autres documents produits par tout le reste de l’humanité, et, répétons-le, il en sera de même dans tout avenir prévisible.


Cette utilisation sans précédent a inévitablement conduit à de multiples variantes et prolongements des sens des caractères, déterminés selon une logique toute chinoise, dont le contenu des dictionnaires est le résultat. La situation est encore compliquée par la correspondance avec le français, dont le découpage sémantique peut être très différent, un dictionnaire se devant de fournir toutes les traductions possibles (qui ne sont pas les significations) d’un terme donné.


Pour prendre un exemple caractéristique, présent dans plusieurs textes collectés ici, citons le caractère « qīng » qui est attribué à une couleur.
Cette couleur peut être :
       - le noir, couleur de la terre, ou des montagnes,
       - le bleu azur, ou bien le bleu marine,
       - le vert tendre des plantes au printemps, le vert végétal,
       - le blanc laiteux…
… en fonction du contexte. Les Chinois de l'époque ne confondaient évidemment pas ces couleurs, et il existe aussi en chinois d’autres caractères pour les nommer. Mais il se trouve qu’ils utilisaient ce caractère dans ces différents sens (il est bien évident que l'usage de n'était pas dicté par la sémantique). Au lecteur d’avoir l’intelligence de discerner celui qui convient en fonction du contexte.


C’est pourquoi les sens retenus ici ne correspondent pas au meilleur mot à sélectionner en français dans l’optique d’une traduction, mais au meilleur mot à avoir à l’esprit en face d’un texte pour en discerner intuitivement le sens. On s’est aussi fondé sur l’expérience, certes limitée, qu’on en avait. Le sens particulier que prend le caractère dans le poème n’y figure pas toujours non plus, quoiqu’on ait cherché à mentionner les sens les plus utiles pour la lecture d’œuvres poétiques classiques. Donc ces définitions ont vocation à être utiles, mais ne sauraient remplacer le recours à un bon dictionnaire.

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