Anthologie bilingue de la poésie chinoise tardive

Yuè Fēi (1103 – 1142) - Notes sur l'auteur et les poèmes

L'auteur

Yuè Fei岳飛 est un héros national chinois de première importance et on lui a même dressé un temple à Hangzhou 杭州. Né d’une famille pauvre du Henan, c’est un élève assidu qui se passionne aussi pour les écrits militaires et les arts martiaux. Il rejoint l’armée des Song comme simple soldat à dix-neuf ans et se distingue rapidement par ses capacités au combat, sa bravoure et son intelligence. A partir de 1133, il combat les envahisseurs avec acharnement, à la tête d’une armée disciplinée et soigneusement entraînée que ses succès viennent grossir de volontaires et qui atteindra 100 000 hommes. Il mène en 1140 une offensive victorieuse et semble sur le point de reprendre aux Jürchen l’essentiel du nord de la Chine, mais doit revenir vers le sud à l’instigation de l’ignoble premier ministre Qin Hui qui prône la négociation avec les Jin. Qin Hui accusera Yue Fei de trahison, et le général sera emprisonné puis assassiné. Il sera réhabilité dès 1162 à l’avènement du l’empereur Xiaozong 宋孝宗.


Sur l’air de « Tout un fleuve de rouge »

Ce poème, comme celui qui suit, est à la fois l’expression de la détermination de Yuè Fei et de sa loyauté, une vertu dont il est devenu en Chine un symbole.

Dans ce dialogue silencieux que je tente de poursuivre avec les poètes chinois morts, je ne traduis Yuè Fei qu’en tremblant. D’abord parce que les quelques poèmes qu’il a écrit, très connus en Chine, prennent un poids particulier en ces temps (2015) de nationalisme et de militarisme chinois exacerbés. Ensuite et surtout parce qu’il est celui dont je crains le plus qu’il vienne me donner un grand coup sur la tête au cas où ma traduction lui paraîtrait trop faible. Cette appréhension personnelle est salutaire, car elle m’évite au moins le travers d’édulcorer son message, comme le font systématiquement les traductions venues de la Chine continentale. Mais je ne dois pour ma part de comptes qu’à ces morts.


Au début du second verset, le texte original mentionne 靖康 : il s’agit du nom de règne 年號 de l’empereur Qinzong 宋欽宗 qui succéda à Huizong 宋徽宗 avant de se voir capturé avec lui en 1126 ; j’ai précisé l’allusion, évidente pour un Chinois de l’époque, en mentionnant directement la cause de l’humiliation, « nos empereurs capturés ». Le huitième vers porte 笑談, littéralement « riant et bavardant », dans une tentative de structure parallèle, omniprésente en chinois classique, avec le vers précédent ; j’ai cru bon de reconstruire ce parallélisme en français avec « notre récréation ». Pour le reste, la traduction est « calquée à la vitre ».

Les septième et huitième vers, que d’autres que moi ont cru bon de censurer, ne devraient nullement surprendre des lecteurs français, familiers depuis leur plus tendre enfance du « Qu’un sang impur abreuve nos sillons » : on remarquera que l’idée est bien la même, par céréales interposées.


Le Helan 賀蘭山 (transcription phonétique du mongol « Cheval racé ») est une chaîne de montagnes située au Ningxia actuel. L’allusion est ici métonymique : les Jürchen viennent plutôt du nord-est. Les Xiongnu 匈奴, qui avaient constitué une confédération de tribus nomades, occupèrent la Mongolie actuelle (notamment la vallée de l’Orkhon) à partir de la dynastie Han 漢 en menaçant la Chine. Une partie d’entre eux ayant émigré vers l’ouest, on les a parfois identifiés aux Huns qui envahirent l’Occident. Par métonymie, ils désignent les « barbares » du nord.

Sur l'air de « Tout un fleuve de rouge »

a) La plaine centrale 中原 : voir Liŭ Yŏng (987 ? – 1053 ?).


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