Anthologie bilingue de la poésie chinoise tardive

Liú Kè Zhuāng (1187 – 1269) - Notes sur l'auteur et les poèmes

L'auteur

Le patriotisme et les critiques politiques et sociales émises par Liu Kezhuang 劉克莊 valurent à sa carrière diverses vicissitudes.


Sur l’air d’« Un maître en divination »

Sur l’air de « Le printemps au parc de la Rivière-Cœur »

Une particularité de la poésie chinoise très importante, mais évidemment très difficile en général à rendre dans une traduction, est l’usage de caractères qui sont significatifs par eux-mêmes, et non de mots issus d’une simple transcription phonétique (et parfois aussi historique, comme le français) de la langue parlée. Ces caractères portent une importante charge sémantique en relation directe avec les fondements de la civilisation chinoise.

Tentons d’expliquer en quelques mots le système de constitution de l’écriture chinoise. Les caractères chinois comportent des caractères de base dits wen 文, qui représentent ou suggèrent ce qu’ils signifient et sont relativement peu nombreux, et un grand nombre de caractères composés dits zi 字, qui sont formés en associant entre eux les 文 ou d’autres 字, de façon itérative. Cette composition s’effectue en superposant l’extensif, qui indique à quelle catégorie d’objets ou d’actions le mot appartient, et l’intensif, qui peut compléter le sens et peut aussi suggérer la prononciation. Ainsi :

caractère 字 = extensif (文 ou 字) + intensif (文 ou 字)

L’extensif est le plus souvent placé, selon sa forme, à gauche ou au dessus de l’intensif.

Dans le poème qui nous concerne, la rivière se prononce à peu près « ch’in », et le caractère utilisé est 沁. L’extensif 氵 est la représentation abrégée du caractère 水 qui signifie l’eau, et on le rencontre dans de nombreux caractères liés au liquide. Ainsi le fleuve 江, le torrent ou le ruisseau 溪, la mer 海, les larmes 涕, l’alcool 酒 (oui, c’est bien une bouteille que l’on voit à droite), etc.

Mais l’intensif n’est pas non plus choisi au hasard : il est souvent lié à la prononciation, mais il peut l’être au sens. Par exemple, la rivière Huai, frontière entre les Song et les Jin, s’écrit 淮 , et le caractère 隹 (qui se prononce « chui », donc n’a pas été utilisé pour la prononciation) désigne un oiseau à queue courte : la Huai 淮 , c’est donc la Rivière-aux-oiseaux. Dans les cas de 沁, le caractère 心 désigne le cœur ou l’esprit. C’est pourquoi je n’ai pas voulu me contenter de traduire phonétiquement « Ch’in », qui n’a aucune signification pour un lecteur français, mais j’ai préféré « Rivière-Cœur », qui suggère un sens qu’un lecteur chinois perçoit aisément dans le caractère. Bien entendu, de même que nous lisons globalement un mot sans en décomposer chaque syllabe, on lit en chinois le plus souvent de façon globale l’ensemble extensif et intensif pour les mots courants ; mais l’on aura tendance à revenir à la décomposition dans le cas de caractères plus rares ou de noms propres.

Sur les caractères chinois, leur articulation sémantique et leur dimension anthropologique, il faut lire la nouvelle édition de L’Idiot Chinois de Kyril Ryjik (voir Bibliographie).


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